Visite de Mme Christine Lagarde

Christine LAGARDE, Ministre de l’Economie, de l’Emploi et de l’Industrie était à Lisbonne lundi 19 mai 2008 pour un entretien avec le Ministre portugais des Finances, Fernando Teixeira dos Santos.

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La présentation des priorités de la Présidence française de l’Union européenne était le thème principal à l’ordre du jour de cette rencontre.

A l’issue, les deux ministres ont donné une conférence de presse conjointe dans le salon noble du ministère des finances.

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Lundi matin, le quotidien portugais PUBLICO publiait une interview de Mme Lagarde :

- Pensez-vous que le pire de la crise financière internationale est déjà derrière nous ?

Nous observons aujourd’hui des signaux très encourageants. L’Europe et le G7 ont appelé les banques internationales à faire rapidement toute la transparence sur les pertes liées aux prêts hypothécaires américains. Ce processus est en bonne voie. On le voit encore avec la publication récente des résultats trimestriels des banques. Les marchés de dette se normalisent. Les entreprises du secteur non financier résistent bien aux turbulences, ce qui explique en partie le rebond des marchés actions depuis janvier. Il reste des points de vigilance comme les financements interbancaires. Je travaille sans relâche pour que les mesures identifiées par l’Europe et le G7 pour corriger les dysfonctionnements sur les marchés soient rapidement mises en oeuvre. C’est essentiel pour rétablir toute la confiance.

- Quelques banques françaises sont parmi les plus atteintes par la crise des "subprime". Selon vous, qui est responsable de cette situation ?

Ce que j’observe, c’est au contraire que le système financier français résiste bien. Les turbulences financières n’ont provoqué ni sauvetage, ni péril dans le secteur bancaire français. Les banques françaises sont au contraire solides et diversifiées. Notre système de supervision a bien fonctionné avec notamment une coopération très étroite entre les autorités de supervision.

- La BCE continue à se préoccuper davantage de l’inflation que de la croissance. Vous-même, qu’est-ce qui vous inquiète le plus ?

En luttant contre l’inflation dans la zone euro, la Banque Centrale Européenne contribue sans aucun doute à améliorer le cadre global des activités économiques européennes. L’euro fort permet aussi d’amortir les effets des hausses de prix des matières premières et du pétrole.
Cependant, une forte appréciation de l’euro nuit à la compétitivité des exportations européennes et donc à la croissance. En outre, comme vous le savez, dans certaines régions du monde, notamment en Asie, les évolutions des devises ne reflètent pas les fondamentaux d’économies très dynamiques puisque celles-ci sont gérées de manière administrative. Ce qui ne rend que plus difficile la tache pour nos entreprises. Au total, l’Europe ne peut accepter de porter seul le fardeau des ajustements des déséquilibres mondiaux !

- Vous avez dit récemment que l’euro était survalorisé de 20%. Pensez-vous qu’il devrait y avoir une prise de position politique européenne pour réduire la valeur de l’euro ?

Ne rentrons pas dans le débat de chiffres, je ne me suis du reste pas prononcé sur un niveau exact qu’il serait vain de vouloir déterminer de façon quasi scientifique.
Ce que je constate aujourd’hui c’est que les pays membres de la zone euro sont totalement unis dans le diagnostic qu’ils font de la situation du marché des changes.
Nous sommes tous convaincus que ce qui est mauvais pour nos entreprises comme pour nos économies, ce sont des marchés des changes volatiles et marqués, comme récemment, par des évolutions brutales. Et il y une totale convergence de vue européennes sur ce sujet – ce qui essentiel.
Nous avons besoin d’un système financier international fort et stable et non de fluctuations excessives. C’était le sens de l’appel qui a été lancé il y a quelques semaines à Washington. Et je constate que ce message commence à être entendu.

- Votre prévision pour le déficit de 2009 est de 2%, mais la Commission européenne parie sur 3%. Est-ce que la situation budgétaire, même avec le ralentissement économique, est toujours sous contrôle ? L’objectif d’équilibre budgétaire pour 2010 peut-il être maintenu ?

Je conteste tout à fait les prévisions de la Commission Européenne. Ils ne cadrent pas avec les chiffres de la croissance française publiés le 15 mai, soit +2,2% en 2007 (alors que les travaux de la Commission reposent sur une hypothèse de 1,9%) et un excellent 1er trimestre 2008 (+0,6%) qui donne toutes les chances à notre croissance en 2008 de se rapprocher du rythme observé en 2007. La Commission, avec une prévision de 1,6%, estime implicitement que notre croissance devrait être nulle sur le reste de l’année, ce qui n’est pas raisonnable.

Si les prévisions de croissance sont défectueuses, les prévisions de déficit le sont aussi. J’ajoute que depuis 5 ans, l’Etat a toujours respecté sa norme de progression des dépenses, soit 0% en volume pour 2008. Nous avons demandé à la Commission de justifier ses prévisions pour la France en 2008 et 2009. J’attends toujours la réponse. Sur le fond, je vous confirme que la France reste totalement déterminée a assainir ses finances publiques et à revenir à l’équilibre budgétaire au plus tard en 2012.

- Quels sont les principaux objectifs de votre visite au Portugal ?

Comme vous le savez la France assurera la présidence du conseil de l’Union européenne à partir du 1er juillet, après le Portugal et la Slovénie. Dans cette perspective, il est essentiel pour moi d’aller à la rencontre de mes collègues pour être à l’écoute de leurs attentes et de leurs priorités dans le domaine économique et financier pour les 6 mois à venir.

C’est donc tout naturellement que je viens à Lisbonne pour avoir une discussion approfondie avec Fernando Teixeira dos Santos, que je connais par ailleurs, très bien puisque nous participons chaque mois ensemble aux réunions des ministres des finances européens et que nous avons eu plus d’une discussion bilatérale. J’ajoute que Fernando présidait le conseil ECOFIN à mon arrivée dans ce cercle et je compte bien lui demander ses conseils et son avis pour mener à bien cet exercice délicat qui consiste à faire émerger des consensus.

La volonté de la France au cours de sa présidence n’est pas de tenter de faire avancer des objectifs nationaux de façon égoïste mais c’est au contraire de se mettre au service de l’intérêt communautaire et de faire émerger des consensus aussi ambitieux que possible. Il me semble, par exemple, que dans la continuité des travaux de la présidence slovène nous pouvons encore travailler à renforcer la stabilité et la solidité du système financier européen en harmonisant sa supervision. L’Europe peut aussi être plus ambitieuse pour offrir un environnement porteur à ses petites et moyennes entreprises qui sont un des moteurs essentiels de notre croissance économique./.

Dernière modification : 20/10/2014

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