Entretien du ministre Jean-Yves Le Drian sur le 7-9 de France Inter (26 mai 2020)

COVID-19 - Entretien de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l’Europe et des affaires étrangères, avec « France Inter » - Extraits (Paris, 26 mai 2020)

Q - Jean-Yves Le Drian, bonjour.

R - Bonjour.

Q - Merci d’être en ligne avec nous ce matin. Votre parole est rare, vous n’êtes pas venu au 7-9 d’Inter depuis le début de cette crise mondiale du COVID-19.

On va évoquer avec vous dans un instant la question des frontières, du rapatriement des Français, de l’OMS et de la Chine, mais avant cela, quelques mots sur cette phrase, Jean-Yves Le Drian, devenue « Houellebecquienne » depuis, une phrase que vous avez eue le 20 avril dernier, à propos de la pandémie de COVID-19 : vous disiez « craindre que le monde d’après ressemble au monde d’avant mais en pire ». Pouvez-vous préciser la nature de votre inquiétude ce matin ? Quand vous dites pire, à quoi pensez-vous exactement ?

R - C’était une inquiétude que le monde d’après devienne pire que le monde d’avant, ce n’était pas un souhait. Mon inquiétude repose sur une constatation, dans le monde d’avant la crise du coronavirus, on a vu une amplification des fractures, une aggravation des tensions dans la vie internationale, une compétition majeure entre puissances, et il n’y avait pas de raison particulière pour que cela s’arrête, même il y avait quelques raisons pour que cela s’amplifie ; et on le constate dans la réalité sino-américaine qui s’est exacerbée pendant- cette crise et qui continue à s’exacerber, à la fois avec des accusations mutuelles très fortes, avec des narratifs contradictoires très forts, si bien que la lutte entre les puissances se poursuit, elle s’est même aggravée ; et c’est dans ce cadre-là une nécessité pour que l’Europe puisse affirmer sa souveraineté et jouer sa partition, pour ne pas être le témoin, voire l’otage de cette rivalité majeure qui est en train de s’implanter et qui est aiguisée par les déclarations du président Trump que j’ai entendues tout à l’heure, mais aussi par les comportements des autorités chinoises.

Q - Vous parlez de souveraineté Jean-Yves Le Drian, certains ont estimé que cette pandémie marquait la fin de la mondialisation et qu’on entrait désormais dans l’ère des souverainetés, des frontières retrouvées, l’ère des régions voire des nations. Pensez-vous que le monde d’après sera celui du grand retour des nations ?

R - Je souhaite que le monde d’après soit le grand retour de l’Europe parce que dans la confrontation, dont nous parlons et dont parlait d’ailleurs Pierre Haski tout à l’heure, la place de l’Europe doit s’affirmer pour éviter d’être simplement le témoin et de sortir de l’Histoire. Retrouver la place de l’Europe, c’est faire en sorte qu’elle affirme sa souveraineté, qu’elle retrouve son autonomie, à la fois stratégique mais aussi industrielle, je pense en particulier à l’autonomie dans le domaine de la santé qui a été particulièrement sensible au cours de cette crise, mais aussi l’autonomie dans le domaine alimentaire, c’est cela l’enjeu, et je trouve que, finalement, après des débuts un peu compliqués de la présence européenne dans la crise, les grands enjeux sont maintenant bien identifiés et les affirmations répétées au cours des derniers jours. Je pense, en particulier, à l’initiative franco-allemande qui a été un événement et qui a permis de mettre en lumière plusieurs points.

D’abord, la nécessité d’avoir une autonomie sanitaire, on n’a pas assez évoqué ce point dans la déclaration du président Macron et de Mme Merkel, la nécessité d’avoir une souveraineté européenne dans le domaine de la santé, à la fois dans le domaine de la prévention, de la production, de la recherche, une action pour qu’il y ait des stocks stratégiques communs, le fait qu’il y ait, aussi, une volonté commune d’échanger des pratiques. Tout cela n’existait pas auparavant puisque la santé n’était pas dans le domaine de compétences de l’Europe. C’est en train de le devenir et c’est une bonne chose.

Q - Puisque vous parlez de ce plan, de cette initiative franco-allemande, une question rapide sur la contestation des pays que l’on appelle le club des frugaux, certains diraient le club des radins, on parle de l’Autriche et des Pays-Bas notamment. Pensez-vous qu’ils puissent bloquer cette initiative franco-allemande ?

R - D’abord, il est important, essentiel qu’il y ait un accord franco-allemand pour déterminer les conditions de la relance. Chacun s’accorde à dire qu’il faut que la relance soit au rendez-vous, elle peut l’être par des initiatives nationales, mais elle doit l’être, d’abord, par des initiatives européennes ; logiquement, la présidente de la Commission, Mme von der Leyen, doit annoncer demain les éléments essentiels du plan qu’elle propose.

S’il n’y avait pas la volonté commune franco-allemande pour être au coeur de cette nouvelle donne, rien ne se passerait. Il se trouve qu’il y a des réserves de la part de quelques États, mais il y a aussi beaucoup de soutiens qui se sont manifestés très rapidement. Maintenant, on va rentrer dans les discussions et je suis tout à fait convaincu pour ma part, que la force du message apporté par cette initiative franco-allemande sera de nature à renverser la table d’une certaine manière.

Q - Vous êtes optimiste ?

R - Je suis optimiste parce que c’est l’intérêt de tout le monde, y compris des pays dits frugaux, parce que l’essentiel de leur marché est à l’intérieur de l’Europe, aux uns et aux autres, et donc, que se passerait-il si, d’aventure, des pays ou les régions qui ont été les plus défavorisées par la crise n’étaient pas au rendez-vous de la relance ? Ce serait aussi un inconvénient pour eux.

Il y a donc à mon avis quelques éléments d’espoir, et je suis convaincu de la capacité de conviction, à la fois de la chancelière et du président de la République.

Q - Sur la question des frontières, quelques questions pratiques parce qu’il y a une dimension pratique à ce sujet ; on a un peu de mal à comprendre, éclairez-vous. Pouvez-vous nous dire ce matin ce qu’il en est des frontières à l’intérieur de l’Europe, l’Italie, la Grèce, l’Espagne, le Portugal, pour la diaspora portugaise de France, ont annoncé la réouverture de leurs frontières d’ici l’été. Quand la France va-t-elle rouvrir les siennes aux ressortissants européens pour commencer, puis aux ressortissants du monde entier ?

R - Écoutez, il faut à cet égard être à la fois dans l’ouverture progressive et nécessaire et puis dans la prudence. Il faut bien identifier qu’il y a, pour la France, mais c’est à peu près la même chose pour les pays voisins, il y a deux phases dans le déconfinement. Nous sommes, nous, dans la première phase de déconfinement. Cette première phase suppose des mesures progressives et un bilan qui sera fait en fin de semaine pour aborder la deuxième phase du déconfinement qui commencera à partir du 2 juin.

Dans cette première phase, les frontières extérieures de l’Union européenne, de l’espace européen, sont fermées jusqu’au 15 juin, c’est-à-dire qu’un Français ou un ressortissant européen qui veut revenir peut le faire, mais il doit assumer une quatorzaine de précaution à l’égard des siens et à l’égard de son environnement, mais elles sont fermées.

À l’intérieur de l’Europe aujourd’hui, il y a des contrôles, des restrictions de circulation dans l’espace européen qui s’assouplissent progressivement pour permettre de faciliter le passage pour certaines catégories : les travailleurs frontaliers, les personnels de santé et autres. Progressivement, ces limites sont en train de disparaître mais il va falloir appréhender la situation à la fin de la semaine pour voir si on peut aller au-delà de ces ouvertures, et surtout, le faire après le 2 juin, dans la deuxième phase de déconfinement. Il y a une date butoir qui est le 15 juin où, à ce moment-là, je pense que nous serons, les uns et les autres, très clairs sur, à la fois le résultat du déconfinement et la possibilité d’ouvrir davantage les frontières intérieures de l’Europe.

Q - C’est-à-dire, pour être clair, à partir du 15 juin, un Français qui veut aller à Rome, un Français qui veut aller à Lisbonne, pourra, si tout va bien y aller ?

R - Même peut-être avant puisque certains pays ont décidé d’ouvrir leurs frontières auparavant, par exemple l’Italie. Mais l’Italie a connu la pandémie une dizaine de jours avant nous, donc il est normal qu’elle ouvre plus tôt. L’Italie va ouvrir ses frontières le 3 juin et progressivement, je pense que les contrôles seront progressivement dissipés pour permettre des mouvements normaux, si d’aventure -c’est toujours « si d’aventure » - l’évolution de la pandémie nous le permet.

Q - Élisabeth Borne sur Inter, dimanche, a poussé les Français à organiser leurs vacances en France et à ne surtout pas envisager des vacances à l’étranger. Monsieur le Ministre des affaires étrangères, est-ce que vous dites clairement aux Français qui ont réservé leurs vacances en Grèce, en Italie ou en Espagne que ce n’est pas recommandé, que ce n’est pas souhaitable, ou que c’est interdit ?

R - Moi, je suis très pragmatique dans cette affaire. On voit bien d’ailleurs que, depuis le début de la crise, il faut l’être. Parce que toute proclamation ferme risque, le lendemain, d’être remise en cause. Aujourd’hui, dans la phase de déconfinement dans laquelle nous sommes, ce n’est pas recommandé. Demain, si d’aventure les informations sur la pandémie s’avèrent toujours positives, comme c’est le cas aujourd’hui en Europe, et que les pays européens, progressivement, ouvrent leurs frontières et limitent les contrôles, alors, il n’y a pas de raison. Cela va dans les deux sens, d’ailleurs. C’est aussi possible pour les touristes d’autres pays européens de venir en France. C’est ce que je souhaite. J’espère que ce sera possible, en tout cas, on fera tout pour que ce soit possible.

Q - Donc vous dites à des Allemands qui voudraient venir passer l’été en France, voilà, venez…

R - J’espère que cela va être possible, je souhaite que cela soit possible. On le saura dans quelques jours.

Q - Vous dites : je souhaite. Non, parce que les messages n’étaient pas très clairs. On avait l’impression qu’il fallait, absolument, privilégier de rester en France et que les Allemands restent en Allemagne. Et chacun chez soi ?

R - Non, ce n’est pas mon point de vue. La position de Mme Borne a été prise à un moment où l’Espagne, de manière un peu inattendue, a décidé d’abord de fermer sa frontière totalement, ensuite d’annoncer qu’elle l’ouvrirait au mois de juillet pour les vacances. Donc c’était une lecture un peu compliquée que les autorités espagnoles nous livraient. Mais sur le fond, si on peut, tant mieux.

Il faut aussi intégrer le fait que, dans cette affaire, la pandémie a atteint les différents pays européens de manière totalement différente, à un rythme, d’ailleurs, totalement différent, de manière plus ou moins violente. Certains pays ont été très touchés : le nôtre, l’Italie, l’Espagne… D’autres beaucoup moins : le Portugal, les pays baltes, etc… Donc, il est logique les pays aient pris des mesures séparées, différentes, en fonction de l’agenda de la pandémie et de la gravité. Mais progressivement, je pense que, avec une bonne coordination européenne que nous souhaitons, on arrivera à ce que l’espace intérieur…

Q - On va pouvoir bouger en Europe...

R - …l’espace intérieur…

Q - J’entends bien.

R - Je ne parle pas des frontières extérieures qui sont fermées jusqu’au 15 juin, et il est probable qu’elles seront toujours fermées après et là, il faudra des mesures rigoureuses de protection parce que la pandémie se répand dans d’autres pays de manière extrêmement significative et qu’il faudra aussi se protéger.

Q - On va y venir et notamment on parlait de la question du rapatriement, du dernier rapatriement des Français qui veulent rentrer en France. Mais une toute dernière question : la Grande-Bretagne a décidé la semaine dernière de mettre en quarantaine tous ceux qui entraient sur son territoire, Français compris. Vous avez menacé de prendre des mesures de réciprocité, est-ce que vous allez le faire ?

R - Nous prenons les mesures de réciprocité. Nous avons pris les mesures de réciprocité à l’égard de l’Espagne lorsqu’elle a décidé la fermeture plus stricte de ses frontières à l’intérieur de l’espace européen, et nous faisons la même chose à l’égard du Royaume-Uni.

Q - On va venir à la question des rapatriements. De nombreux auditeurs au standard de France Inter veulent vous interroger sur ce sujet. Vous avez, depuis le début de la crise, organisé, donc, le rapatriement de plus de 180 000 ressortissants français bloqués à l’étranger. C’était une opération logistique, Jean-Yves Le Drian, de grande envergure. Dites-nous, ce matin, combien en reste-t-il de ces Français bloqués à l’étranger, notamment au Maghreb ?

R - Il y a eu une grande opération de retour des Français de passage à l’étranger depuis la mi-mars. C’était une opération qui était très compliquée parce que les frontières de ces pays étaient fermées, les vols des compagnies aériennes de ces pays étaient suspendus, les aéroports eux-mêmes étaient fermés.

Et donc il a fallu multiplier les initiatives dans 140 pays différents pour permettre à nos compatriotes de revenir dans les meilleures conditions, 186 000, ce qui est une opération extrêmement lourde, complexe et qui nécessitait, dans de nombreux cas, des interventions politiques, des affrètements d’avions, bref, une panoplie de mesures et d’initiatives qui a, je crois, permis de régler globalement ce problème.

Q - Le Maghreb.

R - La difficulté, c’est que, au Maghreb, singulièrement au Maroc, il y a eu deux phases. Il y a eu une première phase, qui a commencé le 13 mars, où les touristes français qui étaient au Maroc souhaitaient rentrer et nous avons, par une espèce de pont aérien, permis à trente mille de nos compatriotes de revenir, qui étaient en vacances ou en déplacements familiaux ou professionnels au Maroc. Cela a été acté, il y a eu un vrai pont aérien - deux cents vols ont été organisés - et cela a permis à tous ces Français qui étaient au Maroc de revenir.

Et il y a une deuxième vague, je pense que c’est celle à laquelle vous faites référence, qui est plus récente puisqu’il se trouve que depuis le mois d’avril d’autres Français, au Maroc en particulier, ont manifesté le souhait de rentrer en France, soit parce qu’ils n’avaient pas trouvé de place dans les vols - c’est un nombre relativement faible -, soit parce que des Franco-Marocains qui ont leur résidence en France, qui avaient l’habitude de passer une partie de l’année au Maroc, ont voulu revenir - et je respecte complètement ce choix -, soit parce qu’il y avait beaucoup de camping-caristes qui avaient leurs habitudes et qui ont estimé pouvoir rentrer un peu plus tard.

Pour ceux-là, cela devient compliqué, pourquoi ? Parce que, d’abord, les aéroports marocains, pour une partie d’entre eux, sont fermés, il n’y a toujours pas de lignes d’aviation desservies en-dehors des vols d’Air France que nous affrétons, que nous mobilisons régulièrement. Il y a aussi des mesures sanitaires à l’intérieur du Maroc qui sont très exigeantes puisque les déplacements sont interdits, - ce n’est pas uniquement les cent kilomètres, au Maroc, tous les déplacements sont interdits - et nos compatriotes qui veulent revenir doivent faire l’objet d’une identification, individu par individu, auprès des autorités marocaines. C’est une situation particulière mais, moi, je respecte les normes sanitaires que les autorités marocaines ont décidées. Ce qui fait qu’il y a vraiment des difficultés, je le reconnais.

Q - C’est vrai que, depuis que l’on sait que vous êtes à notre antenne depuis hier, on a reçu énormément de messages de Français bloqués au Maroc. Dans le cas présent, je vais vous lire un témoignage, Florida nous dit, elle est en Algérie : « j’essaie de rentrer sur Paris depuis le 25 mars, je suis inscrite sur le site d’Ariane, j’appelle tous les jours le consulat, on ne me répond pas. Je suis allée à l’aéroport, on nous a traités comme du bétail, ils nous bloquent ici. Je suis française mais la France m’a oubliée ». Vous lui répondez quoi ?

R - On ne peut pas dire cela. Les autorités algériennes ont pris des mesures extrêmement strictes que nous respectons. Et nous avons essayé, pendant cette période difficile, avec Air France, d’opérer des vols, relativement peu, c’est vrai, parce qu’il n’y avait pas les autorisations ni les moyens à disposition pour le faire. Mais je peux rassurer votre interlocutrice parce que nous allons mettre en oeuvre, maintenant, trois vols quotidiens sur Alger à partir du 27 mai, donc c’est-à-dire presqu’immédiatement, ce qui va permettre le triplement des capacités aériennes. Voilà pour l’Algérie.

Pour le Maroc…

Q - On a beaucoup de questions sur le Maroc, des dizaines d’appels au standard…

R - Oui, je m’en doute et je comprends l’interrogation, la fatigue, l’épuisement de nos compatriotes qui viennent, je vous le rappelle, en deuxième phase de mouvement de rapatriements des Français à l’étranger.

Je voudrais les rassurer d’abord sur un point, sur le sujet des camping-caristes parce que c’est un point très compliqué…

Q - On a des questions là-dessus aussi.

R - Certains de nos compatriotes, et on peut les comprendre, aiment passer l’hiver au Maroc en camping-car et tant mieux pour eux. Mais, maintenant, il fait chaud, les contraintes marocaines sont fortes et donc ils souhaitent rentrer, mais on ne peut pas automatiquement passer par l’Espagne, ou on ne pouvait pas passer par l’Espagne, ce qui rendait la situation difficile.

Nous avons déjà mis en place trois liaisons maritimes qui ont eu lieu, mais nous allons organiser, je le leur dis, pour les camping-caristes en particulier mais pas uniquement pour eux, une dizaine de liaisons maritimes dans les quinze prochains jours. Il y en a une aujourd’hui qui va à Sète, il y en a une autre demain qui ira à Marseille.

Et puis, la semaine prochaine, il y aura des traversées qui seront prévues pour Malaga, Sète et Marseille. Et les traversées qui aboutiront à Malaga permettront, avec l’autorisation des responsables espagnols, pour les camping-caristes en particulier, s’ils restent sur l’autoroute, de rentrer en France sans difficulté.

Mais c’était très compliqué. Je comprends leur frustration, qu’ils comprennent aussi les difficultés auxquelles nous sommes confrontés. Nous faisons le mieux possible, mais ce n’est pas toujours simple.

Q - (…) Jean-Yves Le Drian, il y en a des dizaines, ce matin, au standard, sur le même thème [des retours depuis le Maroc]. La question de Valentin était « quand », que pouvez-vous lui répondre ?

R - D’abord, je réponds à Valentin que nous avons permis le retour de trente mille personnes qui étaient au Maroc. Donc, nous n’avons pas fait preuve d’inactivité sur le sujet. Et donc beaucoup plus que les pays européens que vous citez.

Sur les camping-caristes, je ne suis pas sûr d’avoir été bien entendu, il y a déjà eu trois liaisons maritimes entre Tanger Med et Sète qui ont été opérées pour les camping-caristes et ces bateaux étaient pleins. Et à partir d’aujourd’hui, il y a une destination sur Sète, nous allons avoir une dizaine de liaisons maritimes qui vont être organisées. Normalement, cette dizaine de liaisons maritimes, - si d’aventure les liaisons que nous allons organiser sur Malaga permettent les retours pour les Français qui accepteront de traverser sans s’arrêter les autoroutes espagnoles-, devrait permettre de régler cette situation difficile. Mais ce que dit Valentin est juste, il faut une autorisation individuelle pour circuler au Maroc qui est fournie par les consulats et par l’ambassade. Mais il faut aussi la même autorisation pour prendre un bateau ou un avion de la part des autorités françaises. Donc, c’est un travail énorme, il faut que nos compatriotes le comprennent et qu’ils sach ent que nous sommes en train de mettre en oeuvre un véritable pont maritime pour compléter les vols qui vont augmenter, moins au Maroc qu’en Algérie, pour des raisons de contraintes sanitaires des autorités marocaines, mais qui vont permettre, je pense, de régler les cas sanitaires les plus difficiles.

Q - Monsieur le Ministre, il nous reste quelques minutes et nous avons d’autres questions. Quelle est votre analyse du rôle de l’OMS dans la gestion de cette pandémie ? Donald Trump a vivement critiqué l’Organisation mondiale de la santé. Il menace de retirer les financements américains, voire de sortir les États-Unis des pays membres de l’OMS. Diriez-vous qu’il y a un problème de gouvernance de l’OMS ? Diriez-vous qu’il y a une prépondérance, voire une omniprésence de la Chine, et si oui, que faut-il faire ?

R - L’OMS est un organisme indispensable puisque c’est le seul organisme mondial à vocation universelle, qui a un réseau de terrain irremplaçable et donc, je pense qu’il faut faire bloc autour de l’OMS. Mais il faudra aussi faire le bilan de la façon dont chacun a géré cette pandémie, et l’OMS ne fera pas exception à cet égard. Mais dans l’état actuel des choses, il faut s’organiser et se mobiliser parce que le sujet numéro un, c’est le combat contre le virus. Et l’OMS devra, après,…

Q - Rendre des comptes ?

R - Oui, mais modifier aussi son fonctionnement parce qu’il y a trois sujets qui me paraissent essentiels pour l’avenir, dans la réforme de l’OMS.

D’abord, la nécessité de lui permettre d’avoir un rôle normatif plus fort. Aujourd’hui, il y a un règlement sanitaire international qui a des exigences, mais l’OMS qui est le garant de ce règlement sanitaire international - les différents pays doivent prévenir, doivent faire part de difficultés particulières des épidémies qui apparaissent - tout cela existe dans ce règlement mais l’OMS n’a pas les moyens de le mettre en oeuvre. Premier point, il faut agir en ce sens.

Deuxièmement, il faut permettre que l’OMS ait une véritable indépendance financière. Et à cet égard, d’ailleurs, le retrait américain du financement de l’OMS n’est pas une bonne chose, y compris pour l’indépendance financière de l’OMS.

Et troisièmement, je souhaite pour ma part qu’il y ait la mise en place d’une véritable indépendance scientifique. Vous savez, il y a un organisme scientifique éminent qui, très régulièrement, fait le point sur l’étape climatique de la planète, qui s’appelle le GIEC. Eh bien, il faut trouver les moyens de mettre en place une espèce de GIEC de la santé adossé à l’OMS, mais qui permette d’identifier les difficultés et de faire en sorte que l’on puisse les anticiper. Mais il faudra une étude indépendante, une évaluation indépendante de ce qui s’est passé, y compris en Chine.

Mais j’observe d’ailleurs, à la dernière Assemblée générale de la santé qui s’est tenue la semaine dernière, de manière virtuelle, mais c’était l’Assemblée générale de l’OMS, si je peux m’exprimer ainsi, qu’il y a eu une initiative européenne très forte pour demander à la fois une évaluation indépendante de l’ensemble du processus de la pandémie, résolution à laquelle finalement la Chine s’est ralliée, et c’est un bon point pour l’Europe et une bonne initiative politique.

Q - Jean-Yves Le Drian, il nous reste une minute. L’anthropologue franco-iranienne Fariba Adelkhah a été condamnée il y a dix jours à Téhéran à cinq ans de prison pour collusion en vue d’attenter à la sûreté nationale. Cette chercheuse de 61 ans est incarcérée dans une prison de Téhéran, elle clame son innocence. Que peut faire la France, à part protester ?

R - Être très exigeant à l’égard des autorités iraniennes, nous constatons que cette condamnation n’est fondée sur aucun élément sérieux et que c’est une condamnation qui revêt manifestement un caractère politique. Et donc, nous le disons fortement aux autorités iraniennes, nous leur demandons de libérer Fariba Adelkhah dans les plus brefs délais. Cette décision-là, évidemment, rend beaucoup plus difficiles nos relations avec les autorités iraniennes qui n’étaient déjà pas très simples.

(…)

Q - Merci, Monsieur le Ministre de l’Europe et des affaires étrangères, merci, Jean-Yves Le Drian, d’avoir été ce matin au micro d’Inter./.

Dernière modification : 27/05/2020

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